Les Juifs lors de la Seconde Guerre Mondiale

Georges Mandel, alors Ministre des Colonies de la Troisième République, nomme l'amiral Georges Robert (photo ci-dessus) en Septembre 1939 en tant que commandant en chef des forces maritimes de l'Atlantique Ouest. Au vu de la situation politique extrêmement tendue, il était prévu que l'Amiral Robert devienne Haut Commissaire des Antilles et de la Guyane « si la situation l'exige ». Suite à l'entrée en guerre de la France, l'amiral Robert est investi de ce pouvoir supplémentaire tout en restant fidèle au gouvernement en exercice qui s'était déplacé de Paris à Vichy.
En Juin 1940, il prête serment au Maréchal Pétain plaçant la Martinique pendant 3 ans sous le régime de Vichy. Il mit en place alors les lois antisémites alors en vigueur en France métropolitaine. Parmi ses plus proches conseillers se trouvait notamment le Comte de Cérézy connu des services d'espionnage britanniques comme étant « très antisémite ». Il aurait ordonné le rapatriement des éventuels réfugiés juifs en provenance d'Afrique du Nord et de France métropolitaine.

À cette période, le célèbre anthropologue Claude Lévy-Strauss (photo ci-contre), de confession juive, fut de passage à la Martinique. Il fut considéré par le Gouvernement Robert comme un « judéo-franc-maçon à la solde des Américains ». Ces Juifs de passage considérés comme étant des « passagers clandestins » étaient placés sous internement administratif au camp militaire de Balata en tant qu'« individus dangereux pour la défense nationale et la sécurité publique ». Parmi eux se trouvaient un homme appelé Abraham Weisz et un dénommé Lévi.
Éric Jennings, professeur d'histoire contemporaine et auteur du livre « Vichy sous les Tropiques », a parlé d'un rôle ambigu de la Martinique face au régime de Vichy qui souhaitait se débarrasser des Juifs. Jusqu'en 1942, le régime envisageait l'île des Revenants comme point de transit, de durée indéterminée, pour les Juifs et autres « indésirables » de la métropole. Ainsi, 6 navires de croisière et de cargaison ont fait la traversée entre Marseille et la Martinique chargés de réfugiés. La Martinique représentait à l'époque le « dernier projet français d'émigration avant la Shoah ».
Les lois antisémites de la France de Vichy furent reproduites dans le Journal Officiel de la Martinique (JOM). Par la suite, une surveillance discrète fut exercée sur deux fonctionnaires soupçonnés d'être juifs. Dans les archives, on trouve aussi les déclarations d'un Guthman, nom suspect aux yeux de Vichy, soupçonné d'être juif et qui avait dû prouver ses origines catholiques.
Différents documents de l'époque attestent de la présence des Juifs sur l'île. Il y a par exemple l'histoire de Daniel Stern, un juif français né à Caen (Calvados) et âgé de 23 ans qui fut expulsé de l'armée française en Martinique en application rigoureuse des lois antisémites de Vichy. Il s'est par la suite reconverti dans l'hôtellerie à Fort-de-France. Le 9 Janvier, alors qu'il tente de rejoindre une île anglaise voisine (Sainte-Lucie ?, Dominique ?), il échoue au large de l'Anse Madame à Schoelcher. Il est dénoncé par la police. Sans aucune procédure judiciaire, il est sanctionné et expulsé vers la métropole où un sort beaucoup plus difficile l'attendait.
Il n'existe cependant pas de chiffres par lesquels on pourrait connaître le nombre de personnes de confession juive expulsées de l'île.
Une plaque commémorative se trouve devant le Parti Communiste Martiniquais où on peut lire :
La République Française rend hommage à la mémoire des victimes des Persécutions racistes et antisémites commises sous l’autorité de facto du dit « Gouvernement de l’Etat Français » (1940-1944) N’oublions Jamais. »
Aujourd'hui, chaque 16 juillet, les représentants de l'état présents en Martinique et de la municipalité de Fort-de-France procèdent à un dépôt de gerbes en commémoration de la rafle du Vel d'Hiv devant cette plaque.