• Carte de la Martinique avec étoile de David

    La Martinique et le judaïsme

    L’histoire des Juifs en Martinique peut être perçue comme un sujet sensible dans le contexte international actuel. Pourtant, s’intéresser à l’histoire des différentes communautés permet de mieux comprendre son voisin. Il ne s’agit pas d’une histoire continue : des Juifs sont venus, ont vécu en Martinique, puis sont repartis, tandis que d’autres sont arrivés. Aujourd’hui, la communauté juive compte de nombreux convertis locaux, et il est difficile de distinguer qui est juif en Martinique.

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Leur vie dans l'île après leur autorisation du Roi

Arrivés en Martinique, les Juifs hollandais s'installent essentiellement dans le Nord-Est de l'île (Basse-Pointe, Marigot notamment). Bien que situés à l'ouest, ils ont contribué à la construction de la ville de Saint-Pierre dès les premières années de la colonisation française. Par la suite, ils deviennent des propriétaires terriens qui rendent envieux notamment les Jésuites, constituant la majorité des catholiques vivant en Martinique.

Portrait d'Alexandre Gradis
Alexandre Gradis

Ces derniers ont lutté auprès du Roi de France pour qu'ils soient chassés de l'île. Ils ne revinrent qu'à partir de 1727. Parmi eux se trouvait Abraham Gradis, de la grande famille Gradis installée à Bordeaux. Avec son frère David, ils mettent en place une compagnie chargée d'approvisionner la Marine, principalement en rhum. À sa mort, à seulement 32 ans, il laissa un testament notarié sur lequel il léguait ses biens à ses deux soeurs, célibataires Judith et Rebecca mais les autorités françaises annulèrent le testament. Le trésor royal s'appropria l'héritage, estimant qu'un Juif n'avait aucun statut légal sur l'île.

La famille Gradis prospéra néanmoins grâce à la bonne santé de l'industrie sucrière. Leur plantation était située à Basse-Pointe sur la côte Nord-Est et faisait face notamment à celle de la puissante famille Depaz juive, elle aussi, située à Saint-Pierre. Bien qu'étant des concurrents, les rapports entre les deux familles n'étaient pas conflictuels, loin de là. Lopez Depaz notamment fit ses débuts comme courtier chez les Gradis. Il tenta de régulariser son statut auprès du Roi : « la communauté des marchands de la nation hébraïque demeurant tout en cette isle ». Il souhaitait qu'il leur soit accordé le droit de vivre en Martinique, de construire des usines sucrières et la manufacture de leurs produits. L'autorisation royale leur fut accordée.

Graduellement, les familles juives se fondirent dans la société antillaise. Certains comme les Depaz s'assimilèrent pleinement et s'intégrèrent dans le cercle des « békés », l'aristocratie catholique blanche de l'île. D'autres comme les Bueno (devenus Lebon) et les Levy transmirent leur nom à quelques Noirs et métis de l'île.

Après l'éruption de la Montagne Pelée qui détruisit Saint-Pierre, peu de traces de la présence juive d'autrefois ont survécu à la catastrophe à l'exception des distilleries de la famille Meyer. Il devient donc difficile de parler des juifs dans la période comprise entre l'éruption de la Montagne Pelée de 1902 et la Seconde Guerre Mondiale lors de l'Occupation en France dès 1940.