• Carte de la Martinique avec étoile de David

    La Martinique et le judaïsme

    L’histoire des Juifs en Martinique peut être perçue comme un sujet sensible dans le contexte international actuel. Pourtant, s’intéresser à l’histoire des différentes communautés permet de mieux comprendre son voisin. Il ne s’agit pas d’une histoire continue : des Juifs sont venus, ont vécu en Martinique, puis sont repartis, tandis que d’autres sont arrivés. Aujourd’hui, la communauté juive compte de nombreux convertis locaux, et il est difficile de distinguer qui est juif en Martinique.

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Depuis la Seconde Guerre Mondiale

De retour dans l'île

Il faut attendre 1970 pour qu'il y ait à nouveau des Juifs déclarés en Martinique et c'est une conséquence directe de la guerre d'Algérie terminée en 1962. Considérés comme français en vertu du décret Crémieux de 1870, les Juifs d'Algérie furent obligés de fuir l'Algérie. La plupart trouvèrent refuge en métropole, mais certains insatisfaits de leurs conditions de vie en métropole optèrent pour les Antilles. Ils étaient attirés par les conditions climatiques mais aussi la possibilité d'entreprendre et d'être indépendants professionnellement. C'est ainsi qu'on les retrouve dans des commerces de porte-à-porte (articles de literie, électroménager, bijouterie et ameublement) mais aussi dans les services bancaires dans les zones rurales.

Pas vraiment pratiquants, ils célébraient les éléments fondamentaux de la tradition juive. Ils célébraient les services religieux des grandes fêtes les uns chez les autres jusqu'à ce que, trop nombreux, ils durent louer le local d'un hôtel. Un bouché venait de Tibériade pour pratiquer le rituel de l'abattage casher.

En 1976 naît l'Association Culturelle Israélite de la Martinique (A.C.I.M.). Une maison aux Terres-Sainville à Fort-de-France servait de synagogue, puis ils déménagèrent à Schoelcher au quartier Plateau Fofo. Pour célébrer les grandes fêtes sacramentelles (mariages, bar-mitzvas, funérailles), ils faisaient venir un rabbin de Caracas (Venezuela). C'est aussi du Venezuela que venait la viande casher. Le Mimouna, fête marquant la fin de la Pâque juive, sera également célébrée en Martinique.

En 1996, la communauté juive inaugure sa nouvelle synagogue Kenaf Aaretz (« les ailes ») dans la commune de Schoelcher à l'anse Gouraud. De hauts représentants des autorités nationales et locales, de l'Église, de l'armée, des communautés civiles (notamment la communauté palestinienne locale) étaient présents.

Les Juifs en Martinique aujourd'hui

Aujourd'hui, deux restaurants casher sont présents à Fort-de-France dont l'un vendant la challa, le pain tressé du shabbat. Des produits casher sont présents dans les hypermarchés de l'île. Il existe une place réservée aux Juifs décédés dans l'île au cimetière des Hauts de Terreville à Schoelcher.

La population juive était d'environ 450 individus, la plupart vivant à Schoelcher où se trouvent la synagogue et l'école hébraïque Chabad-Lubavitch de la Martinique. Ils sont des descendants des Juifs algériens arrivés dans l'île dans les années 1970. Parmi les piliers de la communauté, on retrouve les familles Chicheportiche, Illouz, Marciano, Nakache, Taëb, Zaoui ou encore Zerbib. Ils vivent dans des conditions moyennes sans être aisés. Leur activité principale est le commerce. On les retrouve dans la vente de produits en aluminium (fenêtres sécurisées, portes). 

Au fil des années, leur nombre n'a pas particulièrement augmenté.

Aujourd'hui, la question de l'identité des Juifs en Martinique se pose. Qui est réellement juif ? Seulement les descendants des Juifs algériens venus dans l'île il y a plus de quatre décennies ? Les Martiniquais convertis au judaïsme ou encore ceux ayant adhéré à l'A.C.I.M. ? Le mystère reste entier quand on parle aujourd'hui des Juifs martiniquais.

Du côté des instances, l’A.C.I.M. tombe sous la juridiction très orthodoxe et très conservatrice du Consistoire de Paris. Toutes les questions liées aux conversions ou aux statuts religieux sont donc résolues à huit mille kilomètres de la Martinique. Un mouvement messianique rival, celui des Loubavitch, a cependant fait une percée aux Antilles et dans d’autres départements et territoires d’outre-mer français. Basée à Londres, leur organisation appelée Ufaratsta publie un journal, l’Hebdomadaire juif des Iles, qu’elle distribue aux synagogues de la Guadeloupe, Tahiti, la Réunion et la Nouvelle-Calédonie.